Le soutien du HCR et du GPE à l’éducation dans la situation de crise que connaît le bassin du Lac Tchad | Partenariat mondial pour l'éducation

Le soutien du HCR et du GPE à l’éducation dans la situation de crise que connaît le bassin du Lac Tchad

Entretien avec Liz K. Ahua du HCR de l’ONU et Douglas Lehman du GPE au sujet de la coordination de l'aide humanitaire et des actions à plus long terme pour répondre à la crise touchant le Nigéria, le Niger, le Tchad et le Cameroun

Des élèves sur le chemin du retour de l'école de Yakoua après des cours à Bol dans la région du lac, au Tchad © UNICEF / UN060499 / Sokhin
Des élèves sur le chemin du retour de l'école de Yakoua après des cours à Bol dans la région du lac, au Tchad, le vendredi 21 avril 2017. On dénombre 500 enfants déplacés sur les 800 élèves fréquentant cette école, et seulement huit enseignants, ce qui augmente la pression sur un système éducatif tchadien déjà faible.
CREDIT: © UNICEF/UN060499/Sokhin

La conférence de bailleurs pour la région du Lac Tchad qui s’est tenue à Oslo en février 2017 a permis de lever 672 millions de dollars. Comment seront dépensés ces fonds ?

Liz K. Ahua, HCR : Les fonds levés à la Conférence d’Oslo auprès de 14 pays donateurs seront alloués sur trois ans et sont déjà inclus, dans une large mesure, dans les budgets alloués pour traiter la crise au Nigéria, ce ne sont donc pas des fonds supplémentaires.

Sur la somme totale, 458 millions ont déjà été engagés pour 2017 et couvriront l’aide d'urgence alimentaire, nutritionnelle et sanitaire, la région du bassin du Lac Tchad étant une zone en insécurité alimentaire qui connaît une augmentation alarmante du taux de malnutrition. Les 214 millions de dollars restants soutiendront le développement à long terme et les solutions durables pour 2018 et au-delà.

Les principales populations ciblées seront les populations déplacées internes (PDI) au Nigéria et dans les pays d’asile, ainsi que les réfugiés au Cameroun, Tchad et Niger. Un autre objectif que les pays donateurs aimeraient nous voir réaliser, c’est d'investir dans des activités de subsistance et des approches globales pour permettre aux populations déplacées de gagner progressivement en autonomie. L’éducation joue là un rôle important.

Comment les agences des Nations unies coordonnent-elles leur action avec les organisations de la société civile locales et internationales pour aider les réfugiés et les PDI ?

Liz K. Ahua, HCR : Les agences des Nations unies coordonnent leur intervention auprès des PDI avec des partenaires, notamment des ONG locales et internationales, ainsi que des organisations de la société civile à travers le système de groupes du Comité permanent interorganisations (CPI) au Niger et au Tchad et des Groupes de travail structurés en clusters au Nigéria, menés par les coordinateurs d’aide humanitaire.

Conformément au Modèle de coordination pour les réfugiés et au mandat du HCR, c’est ce dernier qui coordonne le traitement des réfugiés avec les partenaires, sur la base d’un plan régional pour le Niger, le Tchad et le Cameroun : le Plan d’Action régional en faveur des réfugiés du Nigéria 2017.

Les ONG internationales et nationales, telles que Plan International, le Comité de secours international (IRC), COOPI, Save the Children ou la Croix Rouge au Tchad nous aident à assurer la mise en œuvre effective sur le terrain.

Cependant, compte tenu du mélange des populations au Cameroun et au Niger, où les réfugiés et les PDI résident au même endroit que les communautés d’accueil et non dans des camps de réfugiés, notre approche est flexible. Par exemple, au vu de la bonne capacité de coordination du HCR au Cameroun, les groupes de travail sectoriels des réfugiés coordonnent l'action globale tandis que la responsabilité des réfugiés incombe au HCR et celle des PDI, aux clusters et aux Coordinateurs d’aide humanitaire.

Pourquoi est-il important selon vous que le financement d’urgence couvre la satisfaction des besoins en matière d’éducation ?

Liz K. Ahua, HCR : Près de 3,36 millions d’enfants et de jeunes âgés de 3 à 17 ans sont touchés par le conflit. Sur ces enfants, 75 000 sont des réfugiés nigérians. Les enfants sont les plus durement touchés et les plus vulnérables dans cette crise de déplacement complexe.

Dans les situations d’urgence, il nous faut protéger les enfants et les adolescents des agressions et de l’exploitation, ainsi que réduire au minimum l'interruption de leur éducation. La salle de classe avec un enseignant formé est le meilleur endroit pour ramener un peu de normalité et de stabilité dans leur vie déracinée et perturbée. C’est d’autant plus essentiel dans la situation des enfants nigérians qui sont déscolarisés depuis très longtemps.

Des études montrent que chaque année d'enseignement primaire et secondaire de bonne qualité pour un garçon ou une fille aura des effets positifs sur sa vie, sa famille et sa communauté. L’action humanitaire sauve des vies mais contribue également à former une résilience et transformer profondément.

Le HCR et ses partenaires ont investi dans des infrastructures scolaires, des matériels pédagogiques d’enseignement et d’apprentissage, le déploiement et la formation des enseignants, ainsi que dans la collaboration avec les autorités nationales dans l’extrême Nord du Cameroun, la région de Diffa au Niger et la région du Lac Tchad. Il est de notre responsabilité de fournir de précieux services aux parents et aux enfants et une chance pour leur avenir.

Au Niger, les élèves se sont rendus à Kanu, au Nigéria, pour passer leur examen final avec succès. Nous avons eu de bons résultats en 2016. Par exemple, au Tchad, nous avons scolarisé 96 % des enfants réfugiés ciblés et avons atteint notre objectif en formant 22 enseignants. Au Cameroun, nous avons scolarisé près de 80 % des enfants âgés de 3 à 5 ans dans des programmes d’éducation des jeunes enfants et près de 90 % des enfants âgés de 6 à 13 ans dans l’enseignement primaire.

Mais des investissements essentiels dans les matériels pédagogiques d’apprentissage et d’enseignement, d’éducation à la paix, des programmes d’alphabétisation pour les femmes et les adultes ou des programmes d’apprentissage accéléré pour les enfants non scolarisés n'ont pas pu être faits. Dans l’extrême Nord du Cameroun, les besoins en matière d'éducation et de formation de plus de 10 000 jeunes réfugiés âgés de 14 à 17 ans n'ont pas encore été pris en compte. Investir dans l’éducation a des effets durables et précieux sur la vie de l’individu. C’est d’autant plus vrai pour un réfugié.

Une éducation de qualité et une infrastructure protectrice ont un prix, mais c'est là un investissement durable. En 2017, le HCR et ses partenaires auront besoin de plus de 19 millions de dollars pour offrir aux 132 000 enfants et jeunes déplacés une éducation formelle et non formelle de qualité dans l’extrême Nord du Cameroun, la région de Diffa au Niger et la région du lac au Tchad.

Négliger d’investir dans l’éducation, la formation et l’emploi alimente la crise actuelle, et les besoins éducatifs doivent donc être notre priorité absolue pour briser le cycle de violence et de pauvreté qui s’installe dans la région du bassin du Lac Tchad.

Que fait actuellement le GPE pour aider certains enfants et jeunes déplacés dans la région du Lac Tchad ?

Douglas Lehman, GPE : Le Tchad a utilisé le dispositif d'aide accélérée du GPE pour solliciter 6,95 millions de l'allocation destinée au pays pour un programme d’urgence. Cela a permis de soutenir l’intervention en réponse à l’appel à l’aide humanitaire de l’ONU dans la région du Lac Tchad.

Ce programme d’urgence, demandé par le ministère de l’Education et mis en œuvre par l’UNICEF Chad, a été conçu pour bénéficier à 8 500 enfants, réfugiés et déplacés. Il s’agissait de leur fournir des repas scolaires le midi et de leur donner accès à un meilleur environnement d’apprentissage grâce aux écoles locales (notamment par la construction), la distribution de matériels pédagogiques et d’autres interventions. Ce financement a été traité par le GPE dans le cadre d’un processus de revue accéléré, qui s’appuie en partie sur l’appel à l’aide humanitaire de l’ONU pour déterminer les types d’activités appropriés.

Le programme d’urgence aide également à établir un lien avec les interventions de développement et à veiller au financement de cette phase suivante essentielle.

En quoi sera utile le nouveau financement de l’Éducation ne peut attendre (ECW) ?

Douglas Lehman, GPE : L’Éducation ne peut attendre (ECW) a convoqué les partenaires locaux de l’éducation, dans l’humanitaire comme le développement, et a facilité la possibilité d’une proposition élaborée conjointement au Fonds de l’ECW, qui veille à financer les besoins urgents tandis qu’un financement supplémentaire axé sur le développement et un nouveau financement du GPE sont également proposés. L’ECW poursuit ce que le financement accéléré du GPE a entrepris, en couvrant les zones adjacentes au Lac Tchad ainsi qu’en intervenant dans des crises similaires dans le sud et l'est du Tchad, le long des frontières respectives avec la République centrafricaine et le Soudan.

La complémentarité entre les financements du GPE et d’ECW est évidente, et le soutien du secrétariat d’ECW durant la création et la mise en œuvre des activités financées par ECW est utile pour une coordination renforcée dans le secteur.

Comment le GPE collabore-t-il avec les acteurs de l’action humanitaire dans ce type de crise ?

Douglas Lehman, GPE : Lors de l’élaboration des programmes dans les situations d’urgence, le Cluster éducation joue un rôle important en matière de conception. L’appel à l’aide humanitaire et le plan sectoriel du pays sont les principaux documents de référence, qui, dans le cas du Tchad, ont tous les deux bénéficié du soutien du Cluster. Cet investissement initial dans un plan et l’appel permettent d’avancer rapidement pour une intervention d’urgence.

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Liz. K. Ahua est actuellement Représentante régionale pour l’Afrique de l’Ouest et couvre 15 pays membres de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, poste qu’elle occupe depuis 2014, après avoir travaillé au siège du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. En tant que Coordinatrice régionale pour les réfugiés (CRR) pour la situation au Nigéria avec Boko Haram, elle supervise la situation au Cameroun, au Tchad, au Niger et au Nigéria. Elle a également été CRR pour la situation en République centrafricaine (2013 – 2016). Elle a plus de 23 ans d’expérience d’aide humanitaire dans diverses fonctions d’influence et de nombreux pays d'Afrique.

Douglas Lehman est Spécialiste principal en Éducation au Secrétariat du GPE et dirige l’action du GPE au Tchad, en République du Congo, en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Mali.

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